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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 14:05

Escapade à la parapharmacie sur le coup de 17h, l'heure de pointe des femmes qui sortent tôt du bureau. Ca ne loupe pas, et les rayons de crèmes aminicssantes et autres diurétiques, "anti-cellulite" et produits miracles sont bondés. On se croirait presque dans le métro, la guerre à la place assise étant ici remplacée par la guerre aux gélules dernière génération. Sur le moment, je me laisserais volontiers tenter par une poudre magique à mettre dans ma bouteille d'eau, mais en y réfléchissant bien...

Avec une moyenne de 40 euros par mois, soit plus d'un euro par jour, on nous promet monts et merveilles, et que celle qui n'a jamais succombé à l'attrait d'une promesse de kilos en moins me jette la première pierre. Je me suis lancée, à des périodes différentes, dans tout ce qui se compte de régimes miracles et produits stars. Des premières crèmes amincissantes il y a... pfiou... je ne veux même pas le savoir, aux dernières-nées des laboratoires en vogue, en passant par les diètes protéinées et les gélules à prendre en début, milieu ou fin de repas, je pense pouvoir honnêtement dire que j'ai à peu près tout testé.

Et c'est là que l'absurdité de mon comportement me saute aux yeux. Combien ces entreprises farfelues m'ont-elles coûté au total, et surtout, pour quel résultat? Sommes-nous toujours insatisfaites, à persister dans nos travers, ou bien tous ces produits ne sont-ils donc que des doudous modernes, nous rassurant sur ce qui nous attend, sur notre capacité à contrôler notre corps? Parce que soit ça fonctionne, auquel cas je ne comprends pas qu'on continue à les acheter, soit ils ne servent à rien, et alors pour quelle raison douteuse nous évertuons-nous à dépenser nos deniers pour du vent?

Le poids financier du marché de l'amaigrissement est en augmentation constante, comme si nos kilos envolés l'engraissaient. C'est un nouveau principe des vases communiquants. Le monde occidental échange ses kilos contre du rêve hors de prix. A côté de ça, les émeutes de la faim se poursuivent. Des millions de personnes crèvent de faim dans le monde, 18 000 enfants meurent chaque jour le ventre vide, et nous ne pensons qu'à perdre ces trois kilos superflus qui nous empêchent de rentrer dans un jean à 300 euros. Ironie du sort. Avec 300 euros, combien d'enfants peut-on sauver? Avec le budget annuel "amincissement" d'un ménage, combien de familles pourraient survivre?

Le monde ne tourne décidément plus rond. Nous payons pour ne pas grossir quand d'autres meurent de ne pas avoir le minimum vital. Des millions (milliards) sont dépensés chaque année en cures, massages, crèmes, gélules, tisanes, concoctions, etc. sans parler du développemnt et de la recherche, et nous nous insurgeons devant des images de petits ventres gonflés de vide. Nous surconsommons en affamant des pays producteurs qui n'ont plus de quoi nourrir leurs habitants, nous bouffons la planète en vomissant en cachette, nous culpabilisons d'avoir pris un dessert en dépensant une fortune pour l'éliminer...

Quel serait le poids (réel) rendu à ces gens qui meurent chaque jour et souffrent de malnutrition si au lieu d'essayer de perdre les conséquences de notre consommation abusive nous leur versions le prix de notre culpabilité? Serait-il possible d'échanger nos actes de déculpabilistaion contre la survie d'un enfant du bout du monde ou du bout de la rue? Aurons-nous un jour le courage de consommer intelligemment, sans crainte de manque, et de reverser la différence à ceux qui en ont besoin? Loin de m'inscrire dans un mouvement politique quelconque, je me demande simplement comment on peut sciemment se gaver, payer pour perdre quelques grammes, et laisser mourir ceux qui se contenteraient de nos restes.

La trend-setteuse réagit à retardement sur un article paru dans le Elle, entre les pages beauté et un article sur "Sex & the City", article mettant en lumière les incohérences d'un monde bipolaire. Il ne s'agit plus de pays industrialisés ou en voie de développement, mais bien d'une société globale partagée entre les crève-la-faim et les bien nourris, entre ceux qui tentent de survivre et ceux qui se vautrent dans l'abondance, en le regrettant aussitôt. Et si on diminuait ne serait-ce que d'un pour cent notre consommation de bouffe, si on renonçait à ce produit miracle et qu'on envoyait l'argent à Action contre la faim, notre vie en serait-elle moins belle? En tout cas, elle le serait certainement plus pour quelqu'un...

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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 23:46

Cette semaine dans le Elle, on trouve une photo de Mary-Kate Olsen les bras chargés de paquets, avec un paragraphe accusateur sur le ton de "en moins de deux heures, elle a dépensé en cadeaux quasiment l'équivalent du P.I.B. d'un pays en voie de développement". Ce shopping "limite obscène" serait donc de mauvais ton, voire totalement politiquement incorrect. Pourtant, on ne cesse de nous pousser à la consommation. Alors, info ou intox?

Evidemment, dépenser autant d'argent en si peu de temps, alors que des millions de personnes meurent de faim, ce n'est pas très valorisant. Evidemment, s'exhiber dans les rues de LA en Pretty Woman ultra-dépensière, ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un exemple à suivre. Evidemment, si la jumelle Olsen avait donné tout cet argent pour une oeuvre caritative, on n'en aurait pas fait tout un plat. Evidemment...
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Et pourtant, voilà cette photo, dans le féminin le plus populaire au monde, accusant une gamine multimillionnaire de s'en donner à coeur joie en dépensant les dollars amassés depuis ses premiers pas (ou plutôt gazouillis) devant une caméra. Serait-elle donc victime de son succès, des millions de fans qui les suivent, elles et sa soeur, depuis leurs débuts? Ou bien est-ce simplement un regain de bonne conscience de la part de rédactrices qui nous prônent les vertus de it bags à plusieurs milliers d'euros?

C'est finalement bien là le coeur du problème. On nous abreuve de shoppings dans lesquels la moindre pièce équivaut à un demi-smic, on nous fait rêver devant des créations signées Dior, Chanel, Dolce & Gabbana ou encore Gucci et Prada quand moins du cinquième des lectrices des féminins peut se permettre ces petites folies, on nous encourage à économiser sur des futilités pour se faire un beau cadeau hors de prix (chaque mois dans Glamour)... Et quand une starlette se lâche, c'est la lapidation assurée. 

Pourrait-on nous expliquer comment d'un côté on nous canarde d'images toutes plus fashion les unes que les autres, vantant les tenues hors de prix arborées par les actrices les plus en vogue, quand c'est pour nous culpabiliser dès qu'on succombe à la tentation. Y a-t-il donc un bon et un mauvais côté de la barrière fashion? Pourquoi critique-t-on une Mary-Kate Olsen et pas une Sienna Miller ou une Kate Moss? Est-ce parce que l'une se montre avec des paquets tandis que les autres portent leurs achats? D'ailleurs, sachant que la plupart des tenues sont prêtées voire données aux actrices, n'est-il pas plus sain de voir enfin une star dépenser son argent? 
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Le mal est peut-être plus profondément ancré. Depuis quelques années, c'est la surenchère dans l'inflation du luxe: plus les prix augmentent, plus les marques rivalisent d'ingéniosité pour nous faire tomber dans le panneau de l'achat compulsif. Tout commence avec le premier achat: un petit accessoire, type porte-clés, porte-monnaie, foulard... Et les magazines suivent en nous faisant miroiter les pièces les plus chères. Reste la "malheureuse fashion victim", qui boit les paroles (euh... les lignes?) de ses bibles.

Et puis on se rend compte que tout cet étalage de marques et de mode ne serait finalement que le comble de la vulgarité, une provocation indécente à l'ère du développement durable et de la mode éthique. Ces quelques lignes sur Mary-Kate seraient finalement un sursaut de réalité dans un monde d'apparences. Une erreur fatale qui se serait glissée dans les news hebdomadaires? Ou tout simplement le reflet d'une tendance moins show-off? Allez savoir... En revanche, ce qui est certain, c'est qu'arborer la preuve de ses dépenses ne fait plus recette. Parce que la tendance n'est pas une question de prix...

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